INTERVIEW

06/09/2019



Dans une interview accordée à Hospimedia, Pierre-Yves Guiavarch et Catherine Alvan, Directeur Général et Directrice Bien-Etre et Soin présentent deux expérimentations menées au sein du Groupe ACPPA : la présence d'infirmiers de nuit en établissement et la création d'un centre de service partagé RH au siège. 

Hospimedia : "Après une prise de fonction en mars 2018, quel regard portez-vous sur vos premiers mois de directeur relatés notamment dans le rapport d'activité qui vient d'être diffusé ?

Pierre-Yves Guiavarch : Pour l'ACPPA*, ce fut une année de consolidation de ses objectifs avec l'élaboration de son projet associatif Cap 2021. Nous sommes actuellement entrés dans la phase de mise en oeuvre de nos différents projets. En 2018, par exemple, une dizaine d'expérimentations d'infirmier de nuit ont été menées par l'ACPPA. Ces expérimentations se sont déployées dans le cadre des appels à projets des ARS où le groupe est implanté. Il s'agit d'une question majeure abordée dans le cadre des concertations sur le grand âge et du rapport de Dominique Libault à travers la problématique des soins en période nocturne. Outre les réponses aux appels à projets réalisés dans différentes configurations, l'ACPPA a déjà mis en place il y a déjà près de neuf ans des infirmiers de nuit dans trois établissements. Ce qui nous confère en la matière une certaine expérience.

Catherine Alvan : Cela nous a confirmé quelques constats antérieurs. La présence d'infirmiers de nuit dans ces établissements a notamment permis d'améliorer les soins la nuit, de sécuriser les résidents et les professionnels... Dès 2015-2016, des établissements du groupe ont participé à une telle expérimentation menées sur plusieurs Ehpad dans le Nord de la France par exemple. Nous avons aussi collaboré en Île-de France à une expérimentation d'infirmier de nuit mutualisé venant d'un service de soins infirmiers à domicile (Ssiad), elle a été mise à disposition la nuit des établissements pour personnes âgées dépendantes partenaires de l'expérience. En 2018, le groupe a répondu à de nouveaux appels à projets avec desinfirmiers venant d'hôpitaux de proximité ou des professionnels libéraux. Ces expérimentations peuvent aussi prendre différentes formes gardes ou astreintes. L'ACPPA peut alors être porteur du projet ou partenaire. Par ailleurs, un des premiers objectifs de ces expérimentations était de diminuer le nombre des hospitalisations des résidents. La présence d'infirmier de nuit, en astreinte ou de garde rassure le personnel, c'est ce qui ressort des enquêtes de satisfaction que nous avons réalisées auprès du personnel et quel que soit le modèle choisi.

"Il me paraît difficile de construire à long terme le dispositif en ayant recours à un infirmiertraditionnellement de jour dans l'établissement et qui serait mis en astreinte la nuit. Cela diminuerait le nombre d'infirmiers le jour et ce n'est pas souhaitable". Catherine Alvan.

H. : Comment pérenniser le dispositif ?

C. A. : Aujourd'hui, au titre de directeur médical, il me paraît difficile de construire à long terme le dispositif en ayant recours àun infirmier traditionnellement de jour dans l'établissement et qui serait mis en astreinte la nuit. Cela diminuerait le nombred'infirmiers le jour et ce n'est pas souhaitable. Pour moi, la formule à privilégier est la mise en place d'une garde infirmière partagée entre plusieurs établissements.

P.-Y. G. : La pérennité du dispositif passe naturellement par son financement. Il reste pour l'instant au stade d'expérimentation. Et c'est la définition d'un mode de financement qui permettra de stabiliser les organisations. D'autres enjeux se posent comme l'attractivité et la fidélisation des personnels du secteur médico-social.

"Il a aussi été observé que le responsable de pôle hébergement était en quelque sorte accaparé deplus en plus par la fonction paie qui nécessite une expertise toujours plus soutenue." Pierre-Yves Guiavarch.

H. : Parmi les problématiques des ressources humaines, il est également question dans le dernier rapport d'activité dugroupe la création d'un centre de services partagés. Pourquoi ce projet ?

P.-Y. G. : Il répond aux conclusions d'un audit réalisé à l'ACPPA sur la pénibilité réalisée il y a quelques années. Les responsables des pôles hébergement avaient exprimé certaines difficultés, déplorant notamment que leur charge de travail avait fortement augmenté avec la mise en place notamment de la déclaration sociale nominative (DSN). Un important turn-over a été observé. Par ailleurs, le temps passé par le responsable des pôles hébergement pour gérer les plannings et les remplacements a augmenté. Il a aussi été observé que le responsable de pôle hébergement était en quelque sorte accaparéde plus en plus par la fonction paie qui nécessite une expertise toujours plus soutenue.Fort de ces constats le groupe a décidé de retenir dans les priorités de son projet associatif la refonte de son organisation des ressources humaines. Il ne s'agit pas pour autant de mutualiser la fonction de responsable d'hébergement en la centralisant au niveau du siège mais bien de maintenir les effectifs en question dans les établissements tout en centralisant la composante paie (arrêt de travail, gestion des plannings) au niveau du siège dans un centre de services partagés.

H : Comment va s'organiser ce nouveau service ?

P.-Y. G. : Ce centre de service sera définitivement en place en 2021. Aujourd'hui, nous sommes en cours de mise en oeuvre. Nous avons commencé à regrouper un certain nombre d'éléments comme les arrêts de travail et les plannings pour réaliser un modèle pilote sur deux établissements. D'ici la fin de l'année d'autres structures devraient entrer dans le dispositif avant son déploiement. Des évaluations régulières du projet auront lieu au cours de sa mise en oeuvre. L'objectif est de diminuer la charge de travail des responsables des pôles hébergement pour redéfinir leurs fonctions auprès des résidents et des familles.

H. : Depuis plusieurs années, l'ACPPA mène un projet d'élaboration d'une cartographie des risques professionnels.Où en est ce travail ?

P.-Y. G. : Cette réflexion sur le management par les risques est un travail qui nécessite du temps. Nous avons aujourd'hui une certaine vision de l'ensemble des risques et des barrières à mettre en place. Le processus de management des risques à pour objectif d'accompagner en établissement cette vision.

H. : Le secteur est en attente d'une nouvelle loi, qu'en attendez-vous ?

P.-Y. G. : Tout d'abord la concrétisation et une priorisation des préconisations du rapport de Dominique Libault, salué par les professionnels. Des réponses sont aussi attendues concernant la mise en place des moyens nécessaires pour rendre les métiers du grand âge plus attractifs. Un nouveau regard de la société sur les professionnels du grand âge est aussi souhaitable."

Propos recueillis par Lydie Watremetz, journaliste à Hospimedia.


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